Un mieux au travail

Article paru dans le Monde libertaire 1803 de février 2019

Ce numéro du Monde Libertaire sera sans doute l’occasion de croiser des visions autour de la technologie, de la robotique et de l’automatisation. Sans doute des critiques positives et négatives seront mises en avant et permettront de se faire un avis autour de tout cela. Mais je crains qu’une fois de plus, ces articles ne soient pas compris par les principaux concernés de ces avancées : les personnes qui travaillent.

Certes, on le sait, l’augmentation de l’automatisation et des technologies de l’information et de la communication ont diminué le nombre d’emplois disponibles. Mais là, le souci est plus du côté de la répartition du temps de travail et des richesses que de la technologie en elle-même. Par contre, pour celles et ceux qui restent, et pour les nouveaux métiers émergents, l’apport des technologies s’est aussi soldée par des métiers moins usants physiquement. Et ce n’est pas pour rien que beaucoup de salariés voient cela d’un bon œil, même si d’un autre côté, l’accumulation de nouvelles choses à apprendre est parfois très complexe.

Il semble étonnant pour beaucoup de penseurs de ne pas être compris par le monde du travail. C’est justement parce que souvent, l’aspect amélioration des conditions de travail est mis de côté par ces penseurs, au profit d’une « simple » dénonciation des emplois perdus. Ceci peut d’ailleurs devenir étonnant quand une telle assertion est tenue par des anarchistes : nous qui   souhaitons sortir du travail, tuer le salariat, nous nous retrouvons parfois à tenir des propos anti-technologie en lien avec la défense de l’emploi salarié… Comme si un asservissement des humains était préférable à la mécanisation et une utilisation des machines.

« Et ce n’est pas pour rien que beaucoup de salariés voient cela d’un bon œil, même si d’un autre côté, l’accumulation de nouvelles choses à apprendre est parfois très complexe. »

Il semble dans ce contexte que deux choses s’entrechoquent à tord. D’un côté une peur de perte de revenus du fait de l’automatisation, de l’autre une peur de l’outil mécanisé vu comme nouvel outil du capital. En fait, ces deux aspects relèvent de la même chose : le problème est l’existence du capitalisme et du patronat ! Que ce soit nos vies ou les outils, ils ne doivent appartenir à personne et offrir l’émancipation à toutes et tous ! Cette peur de la technologie semble donc souvent plus motivée par le fait qu’elle soit détenue par les intérêts privés de quelques uns plutôt que la technologie elle même. Et ce biais est gênant. Au final, si nous arrivons à lier d’un côté une libération du travail par la technologie et de l’autre la nécessité absolue de mettre en place une vision fédéraliste et anarchiste du monde, notre discours me semble devenir plus audible que d’expliquer à une salariée de l’automobile, du commerce, du ménage ou autre que « quand même c’était mieux avant ». Il ne nous faut surtout pas négliger les gains de qualité de vie. Ce qui ne nous dispensera pas d’une critique du monde du travail et du travail lui même. Et de la technologie bien entendu !

« Que ce soit nos vies ou les outils , ils ne doivent appartenir à personne et offrir l’émancipation à toutes et à tous ! »

Le virage technologique est pour l’heure dans les mains des grandes firmes multinationales. Mais après tout comme bien des aspects de nos vies. Est ce si difficile d’imaginer dépasser cela ?